Hier, j’ai revu une amie. Ysabelle, une consœur lumineuse, aujourd’hui en rémission d’un cancer du sein. Je ne l’ai pas accompagnée professionnellement dans cette épreuve, je l’ai suivie de loin, avec la pudeur et l’affection que l’on réserve à ceux qu’on estime. Notre conversation a été de celles qui vous marquent, de celles qui réveillent l’essentiel. Ce matin, elle m’a écrit pour me demander de partager ma vision de la résilience pour son blog mercipourlesroses.fr, les voix du jardin. Elle m’a demandé de parler depuis mon expérience, de ce que la vie m’a appris, et de la façon dont mes propres tempêtes nourrissent aujourd’hui ma posture d’accompagnante.

Alors, voici ma voix. Une voix de femme, avant d’être une voix de thérapeute.

Dans mon cabinet de coach et préparatrice mentale, je reçois souvent des hommes et des femmes dont la vie a été mise sur pause par la maladie, par un diagnostic brutal, par une épreuve qui vient tout balayer. Ils s’assoient face à moi et attendent des outils, une écoute professionnelle. Et je leur offre tout cela. Mais très vite, je ressens le besoin de faire tomber la barrière invisible qui sépare le « thérapeute » du « patient ». Je leur dis cette phrase : « Je n’ai pas fait la même université que vous, mais nous avons le même diplôme. »

Ce diplôme, aucune école ne le délivre. C’est le diplôme de la vulnérabilité. Celui qui s’obtient le jour où l’on comprend, non pas intellectuellement, mais dans sa chair, que nous ne sommes pas immortels.

Mon université à moi a commencé à 27 ans, avec un accident. Un de ces événements qui vous percutent de plein fouet et vous rappellent avec une brutalité inouïe la fragilité de l’existence. Avant cela, je vivais avec l’insouciance de ceux qui croient avoir l’éternité devant eux. Cet accident a été mon électrochoc. Puis, la vie a continué de m’enseigner, à travers la perte d’amis chers et le décès de mon père. Des deuils profonds qui m’ont confrontée à l’absence irréversible et à la douleur la plus pure. Il y a quelques mois, j’ai encore dit au revoir à une amie très chère que j’avais accompagnée.

Ces épreuves ont tout changé dans ma manière d’accompagner. Quand une personne en parcours de soins, me parle de sa peur du lendemain, de son corps qui la trahit, ou de l’injustice de ce qui lui arrive, je ne l’écoute pas seulement avec mes oreilles de professionnelle. Je l’écoute avec mon cœur de femme qui a connu la foudre. Je sais ce que c’est que de voir ses certitudes s’effondrer. Je sais ce que c’est que de se sentir soudainement très petit face à l’immensité de l’épreuve.

C’est cette résonance qui change tout. Je ne suis pas là pour les sauver, mais pour marcher à côté d’eux. Mon rôle n’est pas de leur dire « tout ira bien », mais de leur dire « je sais que c’est dur, et je suis là ».

Quand j’ai dû soutenir mes propres proches dans la maladie ou le deuil, j’ai adopté cette même posture. J’ai appris que soutenir, ce n’est pas trouver des solutions à tout prix. C’est offrir une présence inébranlable. C’est accepter de s’asseoir dans le silence et l’inconfort avec l’autre. C’est être un phare dans la nuit : on ne peut pas arrêter la tempête à la place du bateau, mais on peut rester allumé pour l’aider à garder le cap.

Ce fameux « diplôme » que nous partageons m’a enseigné la leçon la plus précieuse de mon existence : notre plus grande richesse, ce n’est ni l’argent, ni le statut, ni même la santé absolue. Notre plus grande richesse, c’est notre temps. C’est la minute qui arrive.

Quand on prend conscience de sa propre mortalité, le rapport au temps change radicalement. L’avenir lointain devient une abstraction ; seul compte l’instant présent. La maladie ou l’épreuve nous vole souvent l’illusion du contrôle sur demain, mais elle ne peut pas nous voler la minute qui vient.

Souvent, face à la maladie, on a tendance à regarder le chemin devant soi comme un compte à rebours angoissant. Les jours s’égrènent avec la peur au ventre. Mais ce que j’ai appris, et ce que je transmets, c’est qu’il est possible de changer de regard. Ce chemin devant nous, ce n’est pas un compte à rebours : c’est du « rab ». C’est du temps supplémentaire, un cadeau inespéré qu’il faut savourer pleinement. Chaque matin qui se lève, chaque rayon de soleil, chaque sourire partagé n’est plus un dû, mais un bonus extraordinaire. Vivre ce temps comme du rab, c’est lui redonner toute sa saveur et son intensité.

Dans ce cheminement, j’invite souvent mes clients à opérer une bascule fondamentale : passer du mode « patient » au mode « activant ». Le terme même de « patient » induit une attente, une passivité face au corps médical et à la maladie. Or, pour traverser la tempête, il est vital de redevenir l’acteur de sa propre vie. Cela ne signifie pas nier la maladie ou refuser les soins, bien au contraire. Cela signifie reprendre le pouvoir sur ce qui dépend de nous : notre état d’esprit, nos réactions, nos petites victoires quotidiennes.

Et pour opérer cette bascule, il y a un prérequis non négociable : l’amour inconditionnel de soi. Quelle que soit l’épreuve, la première chose à faire est de s’occuper de soi avec une immense douceur. Le corps souffre, l’esprit est tourmenté ; c’est le moment d’être son propre meilleur ami. Cultiver cet amour de soi n’est pas un luxe ou de l’égoïsme, c’est le socle indispensable à la vie et à la guérison intérieure.

Dans ma propre vie, et dans ma pratique, j’ai un secret. Un co-thérapeute silencieux mais puissant qui m’accompagne partout : l’Amour. J’essaie de le mettre systématiquement dans l’intention de ce que je fais. D’où cette belle expression : « faire les choses avec amour ». Que ce soit écouter un client, préparer un repas, ou simplement respirer en conscience, l’Amour est le meilleur partenaire de voyage. Il adoucit les angles, donne du sens aux petites choses, et nous connecte à notre âme.

Si je devais donner un conseil, avec le recul, à quelqu’un qui traverse une tempête aujourd’hui, ce serait celui-ci : ne fuyez pas la douleur, accueillez-la avec une infinie tendresse pour vous-même. Vous avez le droit d’avoir peur, vous avez le droit d’être fatigué. Mais n’oubliez jamais que vous êtes plus vaste que l’épreuve que vous traversez. Devenez l’activant de votre guérison intérieure. Et surtout, réinvestissez chaque minute qui arrive, non pas comme un compte à rebours, mais comme un rab merveilleux à savourer, avec courage, et avec beaucoup d’amour.