Dans la quête incessante de l’excellence sportive, athlètes et entraîneurs se concentrent sur des piliers bien établis : une technique irréprochable, une tactique affûtée, un physique au sommet de sa forme, un mental d’acier et une nutrition millimétrée. Ces cinq domaines sont les fondations sur lesquelles se construisent les plus grandes victoires. Mais que se passe-t-il lorsque, malgré une maîtrise quasi parfaite de ces piliers, la performance stagne ou s’effondre inexplicablement ?

Ironiquement, alors que la préparation mentale commence à peine à s’imposer comme un pilier essentiel, beaucoup la considèrent encore comme une approche de pointe. Pourtant, pour ceux qui cherchent à avoir une véritable longueur d’avance, la prochaine frontière ne se situe plus seulement dans la tête, mais bien à l’intérieur du corps. La réponse se trouve peut-être dans une dimension souvent ignorée, un acteur silencieux mais tout-puissant : notre système interne. Cet univers complexe, composé de nos systèmes nerveux, hormonal, digestif ou encore immunitaire, est le véritable chef d’orchestre de notre corps. Le négliger, c’est laisser une part immense de notre potentiel au hasard. Pour atteindre une performance totale, alignée et durable, il est impératif de prendre en compte consciemment ce grand oublié.

Les piliers traditionnels : une fondation incomplète.

Personne ne conteste l’importance capitale des piliers traditionnels de la performance. Ils constituent le socle de tout athlète. On retrouve d’abord la technique, qui vise l’automatisation de gestes parfaits pour une efficacité maximale. Vient ensuite la tactique, ou l’intelligence de jeu, qui permet de s’adapter à l’adversaire et de prendre les bonnes décisions. Le pilier physique englobe les qualités athlétiques fondamentales comme la force, la vitesse et l’endurance, qui fournissent la puissance nécessaire à l’action. Le mental, quant à lui, est crucial pour gérer la pression, rester concentré et faire preuve de résilience. Enfin, la nutrition assure que le corps reçoit le carburant adéquat pour l’effort et la récupération. Ces éléments sont la partie visible et mesurable de la performance, celle que l’on peut quantifier, analyser et améliorer par des entraînements spécifiques.

Cependant, cette approche, aussi rigoureuse soit-elle, considère souvent le corps comme une simple machine à optimiser. Elle oublie que cette « machine » est un écosystème biologique vivant, régulé par des processus internes qui échappent souvent à notre contrôle conscient. Que se passe-t-il quand un athlète, au sommet de son art sur ces cinq piliers, se sent « sans jus » le jour J, tombe malade à répétition avant les grandes échéances, ou n’arrive plus à récupérer malgré un sommeil et une alimentation parfaits ? C’est ici que le système interne entre en jeu.

Le chef d’orchestre invisible : Le système nerveux autonome.

Le premier grand oublié est notre système nerveux autonome (SNA). Il régule, sans que nous y pensions, toutes nos fonctions vitales : rythme cardiaque, respiration, digestion, tension artérielle… Il se divise en deux branches : le système sympathique (notre accélérateur, pour l’action et le stress) et le système parasympathique (notre frein, pour le repos et la récupération).

Un système nerveux bien régulé, capable de basculer fluidement entre ces deux modes, est un atout majeur. Il garantit une coordination parfaite, une gestion du stress optimale et une récupération profonde. À l’inverse, un dérèglement, souvent causé par le surentraînement ou un stress chronique, bloque l’athlète en mode « sympathique ». Le corps est constamment en état d’alerte, ce qui entraîne :

• une baisse de la coordination et une augmentation des erreurs techniques.

• une diminution de la force car le système nerveux ne recrute plus efficacement les fibres musculaires.

• une récupération ralentie, augmentant drastiquement le risque de blessures et de surentraînement.

L’athlète a beau avoir la meilleure technique du monde, si son chef d’orchestre interne est épuisé, les musiciens (ses muscles) joueront faux.

Le deuxième cerveau : L’impact du microbiote intestinal.

Longtemps considéré comme un simple tube digestif, notre intestin est aujourd’hui reconnu comme notre « deuxième cerveau », abritant des milliards de micro-organismes : le microbiote. Cet écosystème a une influence directe et profonde sur la performance via ce que l’on nomme l’axe intestin-muscle.

Un microbiote sain et diversifié est un véritable partenaire de performance. Il aide à produire de l’énergie, à moduler l’inflammation et à renforcer le système immunitaire. Des études ont même montré que les athlètes d’endurance possèdent en plus grande quantité une bactérie, Veillonella atypica, capable de transformer le lactate (un déchet de l’effort) en propionate, une source d’énergie supplémentaire .

En revanche, un déséquilibre (dysbiose) ou une perméabilité intestinale accrue (« leaky gut »), souvent causée par le stress de l’entraînement intense ou une mauvaise alimentation, peut avoir des conséquences désastreuses. Des molécules inflammatoires passent dans le sang, provoquant une inflammation chronique de bas grade, des troubles digestifs, une fatigue persistante et une récupération compromise.

L’orchestre chimique : le système hormonal.

Les hormones sont les messagers chimiques de notre corps. Elles régulent tout, de notre humeur à notre métabolisme. Pour le sportif, l’équilibre hormonal est crucial.

• les hormones de l’énergie : Le cortisol et l’adrénaline nous préparent à l’effort. Mais un taux de cortisol chroniquement élevé épuise le corps et nuit à la récupération.

• les hormones du métabolisme : L’insuline et le glucagon gèrent nos réserves de sucre. Un dérèglement peut entraîner des hypoglycémies ou une mauvaise utilisation de l’énergie.

• les hormones de la récupération : La testostérone et l’hormone de croissance sont essentielles à la réparation musculaire. Leur production peut être affectée par un stress excessif.

Ignorer cet orchestre chimique, c’est comme essayer de conduire une voiture de course sans jamais vérifier les niveaux d’huile ou d’essence. Tôt ou tard, le moteur casse.

Vers une performance consciente et alignée.

Alors, comment intégrer ce grand oublié dans sa préparation ? Il ne s’agit pas d’ajouter une nouvelle charge de travail, mais d’adopter une nouvelle approche : passer d’un entraînement où l’on « force » le corps à une collaboration où l’on « écoute » le corps.

1. monitorer son système nerveux : des outils simples comme la mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) au réveil permettent d’évaluer l’état de son système nerveux autonome et d’ajuster l’intensité de l’entraînement du jour.

2. prendre soin de son microbiote : adopter une alimentation riche en fibres, en aliments fermentés (probiotiques) et en polyphénols pour nourrir les bonnes bactéries. Limiter les aliments ultra-transformés qui favorisent l’inflammation.

3. respecter ses rythmes biologiques : optimiser son sommeil, s’exposer à la lumière naturelle le matin et intégrer des pratiques de relaxation (cohérence cardiaque, méditation) pour réguler les systèmes nerveux et hormonal.

En conclusion, la performance sportive du futur ne se gagnera plus seulement sur les terrains ou dans les salles de musculation. Elle se gagnera en comprenant que la technique, la tactique, le physique, le mental et la nutrition ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Le véritable potentiel inexploité réside sous la surface, dans cet écosystème interne complexe et fascinant. En apprenant à l’écouter et à travailler en harmonie avec lui, l’athlète ne vise plus seulement la performance, mais un état d’alignement complet, où le corps et l’esprit fonctionnent enfin à l’unisson.