Au fil des années passées à accompagner des sportifs de tous niveaux, une constante demeure : le talent, la technique et la condition physique ne suffisent pas pour atteindre les sommets. J’ai vu des athlètes brillants, au potentiel immense, se retrouver paralysés au moment décisif. La cause ? Un adversaire invisible mais redoutable : la peur.
Dans mon travail de préparateur mental, je ne cherche pas à éliminer la peur. C’est une quête illusoire et contre-productive. Mon approche, celle que je développe et affine avec chaque athlète que j’accompagne, est de transformer votre relation avec la peur. Il s’agit d’apprendre à la regarder en face, à comprendre son message et à utiliser son énergie pour vous propulser, plutôt que de la laisser vous freiner. C’est un travail de collaboration, pas de confrontation.
Décoder la peur : le premier pas.
La première chose que j’explique à un athlète est que la plupart de ses peurs sont des constructions de son esprit. Hormis quelques réflexes de survie profondément ancrés en nous, toutes nos autres craintes — peur de rater, de décevoir, d’être jugé — sont des récits que nous avons appris et que nous nous racontons. Ce sont des habitudes mentales.
Le problème n’est donc pas la peur elle-même, mais le pouvoir que nous lui donnons. Lorsque nous fuyons la peur, nous lui envoyons un message clair : « Tu es plus forte que moi. » Ce cycle d’évitement ne fait que renforcer son emprise. Mon rôle est de vous donner les outils pour briser ce cycle et reprendre le contrôle.
Mettre un nom sur vos Fantômes.
Le travail commence toujours par une phase d’exploration honnête. On ne peut pas combattre un ennemi qu’on ne connaît pas. J’invite mes athlètes à identifier précisément les peurs qui sabotent leur performance. Les plus courantes que je rencontre sont :
•La peur de l’échec : La crainte de ne pas être à la hauteur, souvent liée à une pression interne ou externe intense.
•La peur du succès : Plus subtile, c’est la peur de ne pas pouvoir gérer les attentes et les responsabilités qui viennent avec la réussite.
•La peur de la blessure : Une anxiété qui peut mener à une hésitation fatale, limitant l’engagement total dans l’action.
•La peur du jugement : L’inquiétude paralysante du regard des autres — coéquipiers, entraîneurs, public, et même la famille.
Pour mettre ces peurs en lumière, j’utilise un outil simple mais puissant : le journal de performance. J’encourage mes athlètes à y noter non seulement leurs entraînements, mais aussi leurs ressentis. Quand la peur est-elle apparue ? Quelles sensations physiques ? Quelles pensées ? Cet exercice d’introspection est la fondation sur laquelle nous construisons une nouvelle force mentale.
Ma méthode pour l’apprivoiser :
1. Devenir l’Observateur Distancié
C’est la compétence fondamentale que j’enseigne. J’apprends à mes athlètes à créer un espace mental entre eux et leur peur. Imaginez que vous êtes au cinéma : la peur est le film qui se projette sur l’écran. Vous n’êtes pas dans le film, vous êtes le spectateur assis dans le fauteuil. Vous pouvez observer le film, noter ses rebondissements, mais il ne peut pas vous atteindre.
Cette technique de dissociation permet de ne plus s’identifier à l’émotion. Vous n’êtes pas « apeuré », vous êtes une personne qui ressent de la peur. Cette nuance change tout. Elle vous redonne le pouvoir de choisir votre réponse au lieu de subir une réaction automatique.
2. Transformer le Poison en Carburant
Chaque peur contient un message. C’est une boussole qui pointe vers ce qui compte vraiment pour vous. C’est le cœur de mon travail de recadrage. Ensemble, nous traduisons le message de la peur.
La peur de l’échec ? Elle vous dit que la victoire est importante pour vous. Parfait. Au lieu de laisser cette peur vous paralyser, nous allons canaliser cette énergie dans une préparation plus rigoureuse, plus intelligente. La peur du jugement ? Elle révèle votre désir d’être respecté et apprécié. Utilisons ce désir pour renforcer votre communication avec vos coéquipiers et votre concentration sur la tâche à accomplir, plutôt que sur les gradins.
La peur devient alors une source d’information précieuse et un puissant carburant pour l’action.
3. L’Action Intelligente : La Stratégie des Petits Pas
La peur se nourrit d’anticipation et d’inaction. Le seul antidote est l’action. Mais pas n’importe comment. Je travaille avec mes athlètes pour décomposer les défis intimidants en étapes minuscules et maîtrisables.
Un golfeur qui a peur du putt décisif ? Nous ne travaillons pas sur le putt de la victoire. Nous travaillons sur la routine de préparation. Sur la respiration. Sur la visualisation d’un seul putt réussi à l’entraînement. Puis d’un deuxième. Chaque succès, même minime, est une preuve que la peur n’a pas le dernier mot. C’est en accumulant ces preuves que nous bâtissons une confiance inébranlable, une confiance qui ne nie pas la peur, mais qui sait qu’elle peut la surmonter.
Le chemin vers la maîtrise.
La peur fera toujours partie de votre voyage de sportif. Elle est même saine. Elle est le signal que vous vous aventurez au-delà de votre zone de confort, là où la véritable croissance se produit. Mon objectif n’est pas de vous promettre un avenir sans peur, mais de vous équiper pour la rencontrer avec calme, intelligence et courage.
En apprenant à l’identifier, à l’écouter et à agir avec elle, vous ne ferez pas que l’apprivoiser. Vous en ferez votre alliée la plus inattendue. La prochaine fois que vous sentirez son souffle froid avant une compétition, vous saurez quoi faire. Vous pourrez lui dire : « Je te vois. Je t’entends. Maintenant, regarde-moi travailler. »


